Bérengère Deprez

Fiction

couv-derrieremoi

Derrière moi

Nouvelles, Luce Wilquin, 2012

Un photographe englouti, une petite fille qui parle aux chats, une recette de potage, une fantastique famille nombreuse, un camionneur tombé par hasard en pleine intrigue de Lolita, une factrice amoureuse, un pianiste de bar… Cette collection d’histoires mêle les univers les plus variés : de ce côté-ci ou de l’autre de l’Océan, du temps et peut-être même de la réalité. Sous cet apparent disparate, appuyé par un style qui sait changer de voix pour servir le récit, pointe la même inquiétude incrédule à propos de l’aventure humaine, entre humour et dérision, entre pessimisme et rédemption du quotidien.

Trois questions à l’auteur
Comment avez-vous composé ce recueil ?

— Un « recueil » de nouvelles, c’est souvent un inventaire à la Prévert mais aussi un état des lieux d’une œuvre, un instantané. Il y entre un peu de toutes les préoccupations qu’on retrouve dans des œuvres de plus longue haleine. Dans mon cas, c’est le lien entre le personnage et son créateur, le sentiment du sacré dans l’être humain hors même de l’éventualité du divin. La dérision, aussi, mais sans la cruauté, j’espère. Et puis le plaisir de raconter des histoires…

Une nouvelle, pour vous, c’est d’abord une histoire ?

— Oh oui ! C’est jeter comme des osselets une situation, un personnage, et voir comme ils retombent et se distribuent… il paraît que Tchékov a un jour avisé le cendrier qui était sur la table entre lui et un critique de presse, et lui a annoncé que s’il revenait le lendemain, il aurait écrit une nouvelle intitulée « Le cendrier ». J’aime ces défis immédiats, intenses, de la forme brève (le haiku n’est pas mal non plus !). Certaines de ces histoires ont d’ailleurs paru dans la revue Marginales, qui invite les auteurs à réagir à un thème bien délimité. C’est très stimulant, la plupart du temps.

On n’arrête pas de dire de la nouvelle qu’elle est un genre « difficile »…

— Oui, et quand on veut dire quelque chose à propos d’un recueil, on tombe presque toujours sur le mot « inégal » ! Moi, j’aime bien ce côté « salade de fruits » ou « macédoine » : on peut picorer, après tout ! La nouvelle est-elle difficile à écrire ou difficile à éditer, difficile à vendre ? Est-elle difficile à lire ? Je ne crois pas. Elle correspond si merveilleusement bien à notre emploi du temps coupé, qui ne permet que des pauses courtes, des lectures-berceuses… le roman sur la plage, la nouvelle dans le métro ? Après tout, c’est comme on veut…