Bérengère Deprez

Les lecteurs

Kilomètre 7

« Sur ces paroles ils se reconnurent,
Ils se retirèrent derrière le rideau du ciel
Ils s’étreignirent et se connurent,
Dans la force de leur désir,
Dans l’amour qu’ils se portaient l’un à l’autre.
Et, voici, le monde entier connut désormais la nuit et le jour,
La nuit suivant le jour et puis le jour la nuit,
Et par les saisons tantôt l’un l’emportant sur l’autre,
Et tantôt l’autre sur l’un.
Car ils partagèrent leurs royaumes
En homme et en femme […] ils le partagèrent,
Et elle régna sur lui la nuit,
Et il régna sur elle le jour,
Et leur amour ne connut pas de fin. »

Ce beau texte, placé en exergue du superbe roman de Bérengère Deprez, Kilomètre 7, l’irrigue de sa force sobre tout au long des 330 pages de passion, d’intelligence et d’une histoire romanesque comme on n’en fait plus.

Savoir conter de belles histoires se perd : si vous aimiez les écouter, enfants, vous serez séduits. Tout est imaginaire dans ce roman, et rien ne l’est, même la violence des sentiments qui nous traversent et que Bérengère Deprez décrit avec un art consommé. Si vous avez du mal à vous le procurer, on le trouve chez Tropismes, ou mieux commandez-le chez votre libraire habituel, cela le fera découvrir par d’autres : on l’achèterait rien que pour la beauté de sa couverture.

Carl Van Welde, 23 mai 2006

 

Avec une écriture sobre, classique, sans débordement lyrique, sans pathos aucun, sans enflure de la langue, toute en retenue et en ciselure subtile, Bérengère Deprez déroule avec une précision d’horloger un récit tragique placé sous le signe de l’amour à mort, de la passion absolue et de la guerre absurde. […] À travers ces deux figures emblématiques et humaines avec leurs failles et leurs fêlures, à travers des jeux de rupture dans le temps, à travers de multiples références bibliques, ressurgit la violence des hommes, la violence de la nature, la chaîne de l’héritage et la force du Destin.

Pierrette Epsztein

 

Si le (premier) but de Bérengère Deprez était d’attacher affectivement le lecteur à ses personnages, elle n’a que trop réussi. Par des moyens éprouvés, éprouvants : l’amour sans mesure entre ennemis potentiels, forcés, pour vivre cela seul qui vaut la peine d’être vécu, de se mettre constamment en péril ; très tôt, trop tôt victimes des veules et des circonstances. Nous sommes tous, pour une part, des lecteurs naïfs. D’autant que Hel et Kaeso ne manquent pas de grandeur : outre qu’ils forment un couple quasi parfait, par la beauté, certes, l’intensité entre eux de la rencontre amoureuse, mais plus encore par leur intelligence de la situation et de ses dangers comme des moyens de contenir ceux-ci aussi longtemps qu’il est possible, ils vivent en outre cette forme discrète de tendresse qui ne vise qu’à veiller l’un sur l’autre et donne l’ingéniosité d’y réussir longtemps. Grandeur que vient couronner – au sens propre –, mais à la manière d’un monument funèbre, la découverte d’équivalents mythiques inscrits dans la pierre comme dans une forme d’éternité. De Hel et de Kaeso, la mutuelle rencontre, ses différences de synchronisation, son irrépressible emportement n’eussent peut-être traduit que l’appétit charnel et les petites ironies de la vie, sans cet arrière-fond de vestige inaugural que présente le poème du prologue.

Dans Kilomètre 7, c’est la distance prise par la narratrice qui convainc le plus. La pertinence de cette observation d’un monde aux résonances contemporaines, le faire valoir de ces « faits […] imaginaires » plus vrais et non moins terribles que nature, la pénétration des êtres choisis et de leurs motivations avouées ou secrètes, la dénonciation d’un environnement sournois fait de médiocrité avide et de cruauté jalouse, n’implique pas seulement un vaste héritage culturel, d’une diversité bien assumée, en même temps qu’une capacité de présence cosmopolite au monde d’aujourd’hui, mais aussi un art de la représentation décalée fonctionnant à la fois comme révélateur et comme prémonition. À force de suivre mot à mot ces errants dans leur déambulation, le lecteur – du moins celui que je m’efforce d’être – se trouve avec bonheur comme déporté, et néanmoins en symbiose, au bord d’un fantastique du quotidien dominé par le hasard.

Maurice Delcroix

 

Bérengère Deprez, dans son dernier roman, Kilomètre 7, situé dans un pays d’Orient en guerre, a su créer sur la lignée de la narrative de l’écrivain une histoire passionnante, où l’osmose entre présent et passé, entre la violence de l’actualité et la fascination sacrée du mythe, permet à l’auteur de charger le présent de tout le poids et de toute l’épaisseur d’un monde en même temps actuel et révolu, avec cet effet d’éternité – tant aimé par Marguerite Yourcenar – sur l’arrière-plan de vies fortement marquées par la passion, mais aussi par la destruction et la mort.

Carminella Biondi, novembre 2007

 

Un livre pris à la bibliothèque, un titre sans signification particulière (Kilomètre 7), on y parle d’un pays qui a peut-être vu l’invention de l’écriture… et zou, dans le lot…

C’est bien les bibliothèques publiques: on peut prendre plein de livres, ça ne coûte pas cher, et même si à l’usage, bof.. eh bien, on le rend… Mais ça permet plein de découvertes et de lectures imprévues.

Donc Kilomètre 7, un militaire gradé dans un pays en guerre, qui ressemble fort à l’Irak, une dame de la bourgeoisie locale, mais ils ne font que se croiser dans une boutique du bazar. Il la voit, elle pas… Tout à son travail de pacification, de sécurisation du pays, il cherche à la retrouver, la retrouve, l’aime, la perd… ça pourrait déjà avoir été écrit cent fois.

Pourtant!

L’intrigue est subtile, imprévue et donc maintient l’intérêt de la lecture. Le style est beau, féminin, en nuance mais loin, très loin d’être mièvre, que du contraire : on est dans un pays en guerre, les morts et autres exactions existent.

Et la grotte ?

Je ne l’attendais nullement… elle est arrivée au détour d’une route en construction, sécurisée par l’officier en question et renferme des bas-reliefs inattendus, exceptionnels, importants. Leur histoire résonne dans la tête de l’officier. (Pourquoi ? lisez donc…)

Et puis ?… je ne veux pas en dire plus, car je partagerais volontiers le plaisir de cette lecture. Je n’écris donc pas un vrai « lu pour vous » , mais traduisez par: « lisez plutôt »!

Ce n’est pas un texte politiquement correct, ce n’est pas une histoire « à l’américaine » (au sens classiquement péjoratif du terme) mais c’est une histoire drue, humaine, vivante, sanglante parfois… écrite par une femme dont la sensibilité donne à ce récit la sensation de le côtoyer en vrai.

Jean-Marc Mattlet, février 2007

Le livre des deuils

Curiosité et peur. Deux émotions que l’on ressent fortement tout au long de ce très beau livre de Bérengère Deprez. Un livre rempli d’amour, de passion, de douleur aussi et puis d’un important travail de mémoire. (…) Roman par moment décousu car chacun prend la parole et parle de lui, de l’autre. Le lecteur suit Romain, sa vie faite d’étincelles, de moments de folie, de joie, de liberté, de beaucoup de gravité aussi. Au fur et à mesure que Kate, la narratrice, nous le présente, on sent venir le drame, l’enfermement.

 » Libre comme l’air dans la prison du monde « . C’est tellement vrai !

(…) Bérengère Deprez impose la réflexion, le questionnement. Sur l’amour bien sûr et ce qu’il véhicule. Sur la vie aussi. Mais surtout sur ce temps qui passe et dont nous sommes constitués, ce temps que l’on pense inépuisable et qui pourtant peu à peu s’éloigne de nous.

C’est un texte fort et pudique, pas de jonglage avec le pathos mais une plongée au creux des âmes, en nous-mêmes, obligeant ce que nous faisons semblant de ne pas voir à ressortir et nous faire face. Dur mais salutaire.

Publié par Shakti le 15 mars 2005 sur critiqueslibres.com

 

Un écrivain d’une force formidable. Dans son Livre des deuils, Bérengère Deprez creuse une histoire d’amour dans toute sa complexité avec subtilité et intelligence. C’est la combinaison de ces deux éléments qui donne au livre sa richesse et entraîne le lecteur sans relâche vers un dénouement fatal.

Publié par Jean VK sur bookenstock.com